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La Jota : folklore vivant

Le soir du samedi 29 avril le Casal Català célébrait avec quelques jours de retard la Fête du Livre et de la Rose, traditionnelle en Catalogne le 23, jour de la Saint Georges.

Au cours de la soirée les prix littéraires du Casal furent remis aux meilleurs écrits reçus par le jury local, mais si la littérature fut à l’honneur danses et chants firent partie de la fête. Des sardanes bien sûr mais aussi des jotas et boléros toujours vivaces dans le folklore de Valence et des Baléares.

Sardane et Jota pour la San Jordi (Casal Català avril 2017)
Sardane et Jota pour la San Jordi (Casal Català avril 2017)

Sardane et Jota pour la San Jordi (Casal Català avril 2017)

Puisque j’ai déjà évoqué la sardane dans un de mes blogs, je propose un petit parcours à la découverte de la jota.

 

Dire « Jota » et penser « Aragon » ne font qu’un de nos jours tant cette danse, qui est aussi chantée, est ressentie comme identitaire par les aragonais. Le fandango est revendiqué par les basques, le flamenco par les andalous, les sévillanes par Séville …on peut faire le tour de l’Espagne : il y a toujours une danse ou un chant qui est le miroir d’une identité.

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Beaucoup de spécialistes disent que la jota est venue de Valence, rejoignant en cela  le proverbe qui dit :

« la jota nació morisca

y después se hizo cristiana » (La Jota est née maure / puis elle s’est faite chrétienne )

En bonne chrétienne elle s’est répandue dans toute la péninsule ibérique, avec des variantes : compassée  dans les terres du Levant et Majorque, plus sautillante en Castille et Léon, cadencée en Galice, énergique en Navarre, viscérale en Aragon …

Elle aurait été « inventée » au XII° siècle par le maure Aben Jot, expulsé de Valence et réfugié en Aragon, petit royaume arabe de la Péninsule ibérique. Les derniers travaux de musicologues folkloristes penchent pour une origine andalouse issue de la même famille que le fandango qui, muté, se danse au Pays Basque. Philologiquement le mot « jota » pourrait venir du verbe archaïque « sotar » qui signifie " sauter rythmiquement".

Gravure de Gustave Doré

Gravure de Gustave Doré

Au début du XIX° siècle lors de la « Guerre d’Indépendance » que menèrent les aragonais contre les troupes de Napoléon, les habitants de Saragosse sous la protection de la Vierge Notre Dame du Pilar « La Capitana », déroutèrent  l’armée française et remplirent de leurs exploits les textes des chansons qui accompagnaient les jotas.


Aragón supo defender
supo luchar por nuestro Pilar

Cuando Agustina dispara el cañón

todas las tropas francesas que entraron
al ver a Agustina se echaron p'atrás

A vencer o morir
VIVA ARAGÓN        

Paroles de la Jota "El Sitio de zarragoza"

(L'Aragon a su défendre et lutter pour le Pilar / Quand Augustina tira au canon/ toutes les troupes françaises qui entraient / reculèrent en la voyant / Vaincre ou mourir / Vive l'Aragon )

La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)
La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)
La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)
La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)
La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)
La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de  l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)

La Vierge du Pilier, Patronne de l'Aragon et protectrice de l'héroïque Agustina lors du siège de Saragosse en 1809 :"La Virgen de Pilar dice que no quiere ser francesa que quiere ser capitana de la tropa aragonesa" (Copla tradionnelle)

 La jota toucha alors dans toutes les régions proches ou insurgées et devint le symbole du patriotisme militant. En Aragon au cours du siècle qui suivit elle relégua à l’arrière plan les autres danses et chants du territoire pour devenir l’incarnation du peuple aragonais en même temps qu’elle perpétuait dans la mémoire collective l’ héroïne de la Guerre d’Indépendance, Agustina de Aragón.

 

La première jota écrite date de 1779 soit une vingtaine d’années avant l’épisode tragique de l’invasion napoléonienne. Elle possède toutes les caractéristiques de la jota actuelle, avec alternance de couplets (« coplas ») et refrains (« estribillos ») de deux vers courts chacun. De forme ternaire, la jota est jouée traditionnellement par la « rondalla », groupe de 5 ou 6 musiciens (guitarre, mandoline, castagnettes, tambour) et  2 ou 3 chanteurs ou chanteuses. Il y a un maintien très particulier pour chanter la Jota. Le ou la soliste se détache du groupe fièrement campé(e) sur des jambes, hiératique, les mains sur les hanches, le menton arrogant. L’interprète donne toute la puissance de sa voix pour chanter le texte ou l’improviser, avec des notes particulièrement aigues pour les femmes. Les thèmes sont divers et traités brièvement lors des improvisations. Ils vont de la simple anecdote triviale à la déclaration d’amour en passant par la charge ironique de comportements villageois. Ils peuvent faire l’éloge de la mule rustique, des sandales du paysan (alpargatas) comme du champ de blé ou de la femme aimée.

Más valen las alpargatas

de un humilde jornalero

que las doradas carrozas

de los nobles tiranuelos.

(Jota de las alpargatas. Cantada en la plaza de Ariño el 18 de octubre de 1883).

(Valent mieux les sandales/ d'un simple journalier/ que les carrosses dorés / des tyranniques noblions)

A competir con el cielo

vestida de azul saliste,

que también hay en la tierra

cielo que de azul se viste   (Cancionero de Alvira, 1895)

(Tu es sortie toute vêtue de bleu/ puisqu'il y a sur terre / un ciel qui s'habille de bleu)

No tires piedras, cobarde,

que el tirar es cobardía;

saca tu navaja en mano

que dispuesta está la mia (Miguel Sancho Izquierdo, 1911).

Ne jette pas des pierres, lâche/ car jeter est lâcheté/ prends ton coutelas en main/ le mien est déjà prêt)

Aragón no sólo quiere

el agua para sus tierras,

la necesita también

para lavar las afrentas. (Mario Bartolomé, 2001)

(L' Aragon ne veut pas que de l'eau pour ses terres mais aussi pour laver ses offenses)

 

La danse toujours rapide et sautillante est exécutée par un ou plusieurs couples et peut comme dans le Haut Aragon, à Huesca, prendre des allures guerrières et acrobatiques. Ce genre de pas est exécuté par les hommes. Les régions de Saragosse et Téruel en donnent une version plus simple mais néanmoins très vive.

Très spectaculaire la jota a délaissé les places villageoises pour entrer dans le monde du spectacle et faire partie dès le début du XX° siècle du répertoire de ténors  comme Miguel Fleta (1893-1939), dont une avenue porte le nom à Saragosse, ou plus récemment Alfredo Kraus ou Placido Domingo. Sur un modèle fixe les compositeurs et improvisateurs ont brodé une infinité de variations (« Falsetas ») qui donne à chacune des coplas son originalité. La jota fait partie aussi des livrets et compositions de « Zarzuelas », genre lyrique particulier à l’Espagne qui mêle chants, récitatifs et danses.

La jota aragonaise demande aux danseurs comme aux chanteurs implication, résistance physique et authenticité pour que devienne palpable l’enracinement de cette musique et de cette danse dans les terres d’Aragon fières et irréductibles, comme en témoignent paysages et maints chapitres de l’histoire nationale.

L’Aragon…territoire à la géographie contrastée, allant des cimes sauvages pyrénéennes aux steppes semi désertiques des Monegros. Territoire où dominent les terres arides, les vents violents, les températures les plus extrêmes d’Espagne. Territoire qui a forgé le caractère des aragonais, les « Baturros » ou « Maños », durs à la peine, farouches, fiers, têtus, valeureux au combat…remonter l’histoire de l’Aragon nous révèle  paléolithique, flux indo-européen, sédentarisation celtibère, romanisation, christianisation, invasions barbares puis arabes et enfin Reconquête du territoire par le Très Catholique Ferdinand II d’Aragon au XV° siècle.

L’histoire de la péninsule ibérique se lit à livre ouvert en Aragon qui garde toujours en mémoire les pages noires de la Guerre civile espagnole (1936-39).Combats et résistances ont inspiré des "coplas"  visant à renforcer dans un Aragon coupé en deux, à l’image de l’Espagne, le moral des milices républicaines, soldats et volontaires brigadistes qui durant deux ans vécurent l’enfer du Front d’Aragon à Brunete, Belchite, Teruel, Bararbastro, Bielsa …

Extrait du "Cancionero de la Guerra Civil":

Si me quieres escribir
ya sabes mi paradero.
Tercera Brigada Mixta,
primera línea de fuego.
...

(Si tu veux m'écrire/ tu sais où me trouver/ Troisième Brigade Mixte/en première ligne...)

Quant à l’amour porté à l’Aragon par son peuple, il se reflète dans les textes écrits à la gloire de la Jota, en particulier celle de Calatayud :

Calatayud en la Jota

es el centro de Aragón.
Le dió el alma en los comienzos

y alas, donde la extendió.
Es Calatayud baturro

quien más propagó la Jota.

La Jota, siempre la jota,

Aliento de nuestra tierra

Tantas cosas nos recuerda

Que no vivimos sin ella. ("Pequeña Antologia de coplas aragonesas" José Luis Melero Rivas 1979)

(Dans la Jota / Calatayud est le coeur de l'Aragon/ Il lui a donné son âme à la naissance/ puis des ailes pour s'envoler/ C'est Calatayud "baturro"/ qui a le plus propagé la Jota / La Jota, toujours elle /  souffle de notre terre / qui nous rappelle tant de choses / que nous ne pouvons vivre sans elle).

 

 

 

Saragosse, la capitale n’est pas en reste puisqu’elle célèbre chaque année la plus grande Fête consacrée à la Jota, à la Vierge du Pilar, à l’Aragon, le 12 Octobre en présence de milliers de personnes, spectateurs ou acteurs  fervents et enthousiastes.

 

 

Pareja  baturra bailando jota (couple "baturro" dansant la jota)

Pareja baturra bailando jota (couple "baturro" dansant la jota)

Saragosse, la capitale n’est pas en reste puisqu’elle célèbre chaque année la plus grande Fête consacrée à la Jota, à la Vierge du Pilar, à l’Aragon, le 12 Octobre en présence de milliers de personnes, spectateurs ou acteurs  fervents et enthousiastes :

Aragón la más famosa
es de España y sus regiones.

Aragón la más famosa
porque allí se halló la Virgen
y aquí se canta la jota

Grande como el mismo sol

es la jota de esta tierra .
Por eso cantamos los de Aragón

que vencer debemos

o bien morir en guerra  (Jota aragonesa , paroles du livret de la Zarzuela « La Dolores » 1895 )

(L'Aragon est la région la plus célèbre d'Espagne / la plus célèbre / parce qu'on y trouva la Vierge/ et parce qu'on y chante la jota / aussi grande que le soleil / c'est la jota de ma terre / c'est pourquoi les Aragonais nous la chantons / parce que nous devons vaincre ou mourir à la guerre)

Fiestas de la Virgen del Pilar en Zarragoza (doc du Net)
Fiestas de la Virgen del Pilar en Zarragoza (doc du Net)

Fiestas de la Virgen del Pilar en Zarragoza (doc du Net)

France 06/05/2017 11:47

et comme disait ma grand mère , je n'ai pas les deux pieds dans le même sabot

France 06/05/2017 11:45

J 'ai pu visionner les vidèos , et tentè quelques pas !
c' est a ma portèe , je ne suis pas retraitèe , MOI , he he he !

France 05/05/2017 12:22

j"attends une dèmonstration ......

Montsé 05/05/2017 12:24

Tu as oublié que j'étais retraitée !