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Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)

Cet été 2019 m'a réservé une rencontre que j'espérais depuis longtemps, celle d'une artiste disparue mais que j'affectionne :  Renée Aspe.

Une sélection de ses oeuvres les  plus significatives m'attendait à L'Hôtel Dumay , musée du Vieux Toulouse apprécié particulièrement pour les trésors et collections qui vont droit au coeur des amoureux de la Ville Rose.

Adolescente dans les années 60 je m'aventurais parfois dans les galeries d'art du centre ville et au hasard d'expositions je m'arrêtais souvent devant deux ou trois tableaux aux couleurs vives et au dessin magistral. Un nom y était toujours associé Renée Aspe .

Les oeuvres de l'artiste toulousaine faisant partie pour la plupart de collections privées, elles ne réapparurent qu'à l'occasion d'hommages posthumes au Musée des Augustins ou à l'Espace Croix Baragnon aujourd'hui disparu.

L'exposition du Musée du Vieux Toulouse a été l'occasion de retrouver la peintre jamais oubliée, l'artiste aux supports variés, la créatrice fantaisiste, la femme qui croquait la vie  jusqu'à ce que la maladie l'emporte à 47 ans...

 

 

 Cour intérieure de L'Hôtel Dumay    Couverture de l'Auta (Le bal populaire Saint Paul -1946)
 Cour intérieure de L'Hôtel Dumay    Couverture de l'Auta (Le bal populaire Saint Paul -1946)

Cour intérieure de L'Hôtel Dumay Couverture de l'Auta (Le bal populaire Saint Paul -1946)

En passant le grand porche de l'hôtel pastelier Dumay je me remémorais les quelques lignes lues sur la vie de Renée Aspe . Le bulletin "L'Auta" édité par l'association  "Les Toulousains de Toulouse" propriétaire du lieu, m'avait dévoilé l'enfance heureuse au sein d'une famille aimante. "Poupée" était le surnom que lui avaient donné ses parents et son grand frère .La bien-nommée  avait gagné à 6 ans un concours de beauté dans sa catégorie, ce qui laissait présager quelques années plus tard, l'éclosion d'une belle jeune fille et aussi d'autres  prix dans ce qui allait très tôt devenir sa vocation: la peinture.

"Pourquoi êtes-vous devenue peintre?" " Parce que je n'aimais pas l'école et qu'il fallait bien faire quelque chose".

Renée, encouragée par sa mère, ne se trompait pas en choisissant cette voie. A l'Ecole des Beaux-Arts de Toulouse son professeur Edouard Bouillière  dit à sa mère "Madame, votre fille est née peintre". Sous sa houlette elle suivit au fil des ans d'étude tous les cours permettant d'acquérir savoirs, techniques et maîtrise et à Paris elle peaufina sa formation en tirant les enseignements du Fauvisme et du Cubisme.

 

La porte de la salle d'exposition était ouverte en grand, j'entrai et restai impressionnée par le foisonnement de tableaux accrochés aux murs de la salle . Le magnétisme d'un autoportrait trônant au milieu de la salle à côté de vitrines remplies d'objets  me désorientait quelque peu  . Je ne savais par où commencer ma visite...Je décidai d'aller à gauche où un portrait de femme d'une beauté années 40 m'invitait, énigmatique, à la découverte.

 

Portrait (1941) Autoportrait (1966)
Portrait (1941) Autoportrait (1966)

Portrait (1941) Autoportrait (1966)

Bien vite j'arrivai à un des thèmes de prédilection de l'artiste : les bateaux de pêche  mouillant à Sète ou sur les côtes catalanes. Couleurs franches, trait assuré, rehauts noirs, composition facilement lisible, peinture vibrante refusant l'abstraction . Renée Aspe appartenait  au mouvement qui, dans les années soixante, prônait le retour au réel , privilégiant dans ses huiles la lumière et la couleur révélatrices d'émotions et, dans les dessins, l'essentiel du sujet.

Dessin , huile, (La Pointe Courte à Sète 1967),gouache
Dessin , huile, (La Pointe Courte à Sète 1967),gouache
Dessin , huile, (La Pointe Courte à Sète 1967),gouache

Dessin , huile, (La Pointe Courte à Sète 1967),gouache

Au fur et à mesure que je découvrais l'exposition l'éclectisme de l'artiste me sautait aux yeux. Ses voyages en Espagne, au Maroc, au Mexique, en Allemagne , au Portugal , aux Etats-Unis ont été autant d'occasions de donner une vision personnelle de lieux ,  choses,  gens , animaux dont d'humbles petits ânes . 

Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)

Non loin des petits ânes j'ai découvert les éléphants du cirque qui avait été le décor du film "Sous le plus grand chapiteau du monde" tourné aux Portugal . L'artiste s'y était rendue pour croquer pêle-mêle animaux et acteurs.

 

"Renée Aspe était un peintre figuratif, sans sentiment de culpabilité et sans complexes, sans sectarisme non plus"(Christian Schmidt). Pas de sectarisme non plus dans le choix de ses sujets, paysages de voyage, marchés, ruelles, portraits, musiciens, bouquets, natures mortes  aux allures  incongrues.

Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens
Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens

Natures mortes, paysage d'Espagne et Portugal,Place du Capitole et Donjon,musiciens

Jusqu'à son installation à Paris en 1960 l'artiste nous livre au milieu de ses nombreux thèmes les mille et une facettes de ses deux villes de prédilection : Toulouse, sa patrie familiale et Sète,  son coup de cœur marin. Gouaches, huiles, esquisses,croquis, se succèdent. Depuis 1943 où elle expose au Salon des Artistes Méridionaux, jusqu'en 1969 où ses œuvres illustrent le Salon des Peintres de la Réalité Poétique à Brest. En effet Renée Aspe appartient de façon magistrale à ce dernier courant :

"C'est en voyant ses dessins que je suis arrivé à voir la simplicité, la force et le charme de ses peintures. Chez Renée Aspe la gestuelle est forte. Il y a de l'attaque mais sa peinture est sereine."

J'ajouterai que sa peinture est aux "couleurs de la vie" , chatoyante ou sombre, légère ou dense, remarquablement maîtrisée mais toujours sensible, totalement étrangère à la prétention messianique ou révolutionnaire de beaucoup d'artistes contemporains.

Les galeristes de Paris (1944), Côte d'Azur (1947), Barcelone (1952), New-York (1959), Montpellier (1961) et surtout Toulouse (galerie Chappe, Galerie Maurice Oeuillet, Glerie du Taur) ne se sont pas trompés en exposant une œuvre attachante .

L'art est l'écriture de l'âme, la philosophie du cœur, la poésie du regard....

La participation régulière de l'artiste à de nombreux salons lui donnent, tout au long des vingt-sept années de carrière, visibilité et reconnaissance :

Salon de l'Art Contemporain (1942),salon des Artistes Méridionaux(1943,1944,1949,1950,1955), Salon d'Automne (Paris 1948, Salon des Femmes Peintres et Sculpteurs, Salon de l’École Française (1958), Salon des Indépendants (Paris 1960).

 

 

 

 

Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)
Renée Aspe, peintre toulousaine et plus...(1922-1969)

Je continue ma visite-découverte en examinant les vitrines où se trouvent d'autres talents de l'artiste : peinture sur assiettes de porcelaine, vases, broderies, breloques...La fantaisie, l'esprit créatif, la féminité éclatent partout.En contemplant ces "cabinets de curiosités" je me plaisais à imaginer la jeune peintre qui  avait choisi ou créé ces objets peut-être à une époque où elle signait ses toiles "René" pour mieux pénétrer le monde de l'Art qui alors se voulait masculin."Renée" ne se dévoila dans sa signature qu'après avoir été saluée par les critiques parisiens :

"Renée Aspe ne s'embarrasse pas  de littérature. Ayant aperçu son éclatante Place Wilson nous l'avions louée croyant que c'était un homme. Or il s'agit d'une de ces belles filles toulousaines. Elle est à l'image de son soleil natal,tout feu, tout flamme et telle est aussi sa peinture (Yves Bonnat, Galerie l'Arc-en-Ciel, Paris 1944)

 

Ma visite se terminait mais non l'émerveillement qu'elle m'avait procuré. Je savais maintenant, preuves à l'appui, pourquoi cette artiste n'avait jamais quitté ma mémoire.

"Renée ,votre nom chante à mon oreille depuis mon enfance. adolescent la découverte de vos œuvres m'émerveillait : quel dessinateur! Quelle force! Quelle vie! Vous avez su en quelques coups de crayons ou de pinceaux nous faire voyager dans un monde réel et toujours beau. Un grand merci pour avoir su si bien poétiser notre belle ville rose que j'aime et que vous chérissiez." (Serge Arnaud)

 

 

Bibliographie:

Bulletins 'L'Auta"  n° 106 et 107

"Renée Aspe, les couleurs de la vie" Monique Pujo-Monfran (Editions MPM 1999)

Photos personnelles et copies de documents publiés dans les ouvrages ci-dessus référencés.

 

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Renée Aspe 29/08/2020 19:38

Merci pour votre magnifique témoignage ! Saviez-vous que vous pouvez désormais consulter le site de Renée Aspe, en espérant qu’il prolonge l’enchantement... A bientôt
www.reneeaspe.com

Monsetta 29/08/2020 21:41

Ravie que vous ayez aimé ma page. Renée Aspe a fait rêver mon adolescence et ses peintures continuent ce rêve . Votre site va prolonger le voyage. Merci pour l'invitation ...