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La création contemporaine

 

Dans quelques jours j’assisterai à la prochaine conférence de la Fondation Écureuil pour l’Art Contemporain assurée par Sylvie Correler. Il y a quelque temps la conférencière nous proposait un tour d’horizon sur l’évolution de la création contemporaine dont je livre ici l’essentiel après avoir rappelé dans un texte précédent les clefs pour sa compréhension. Le sujet est ardu : courage !

 

 « Le rôle de l’artiste n’est pas de créer une œuvre, mais de créer la création » (Nicolas Schöffer) » .

 

Ce cadre posé, et accentué par le double traumatisme des 1° et 2° guerres mondiales, plongé dans l’horreur des tranchées, de la Shoa et d’Hiroshima, s’ouvre sur la création artistique de l’après-guerre.

Nash Paul We are making a new World (1918)

De nombreux artistes se sont exilés aux États-Unis comme Masson, Léger, Ernst…L’Europe est vidée de sa création et un nouveau paysage artistique se dessine. Les États- Unis deviennent le lieu émergeant de la créativité en opposition avec l’art classique de l’Allemagne nazie ou de l’art « du peuple » mis en œuvre en URSS. L’après-guerre voit apparaître  une grande diversité de propositions où les individus ne font plus école. Citons l’abstraction lyrique de Serge Poliakoff (1900-69) 

et le surréalisme de Paul Nash (1889-46).

 

Poliakoff

 

La période de 1945 à 1965

 

En Europe, les artistes posent la question de l’Art : à quoi sert l’Art ? Que faire ? Que peindre ? Comment ? et répondent par l’ART BRUT (Jean Dubuffet – 1948 -  André Breton ) en revendiquant :

·      L’absence de la maîtrise de la conscience dans le champ de l’Art, d’où l’ouverture à l’Art primitif, aux dessins d’enfant, aux œuvres d’aliénés…

·      L’absence de la maîtrise technique et du savoir d’où une opposition à l’art classique ou/et bourgeois.

·      L’absence de code culturel puisque la culture n’a pas empêché les atrocités des deux guerres mondiales.

Il y a pour les artistes de l’Art Brut la recherche de l’humanité profonde que doit exprimer l’Art dépouillé de ses codes, techniques et séduction. L’abstraction devient l’outil privilégié en lieu et place de la figuration. Il en est de même pour les signes d’écriture qui deviennent dessin, œuvre d’art. Pour ces artistes les vrais sujets sont la vérité et l’intemporel, l’abstraction étant le meilleur moyen de les atteindre à la différence de la figuration ancrée dans l’espace et le temps.

Le groupe COBRA participe de ce cheminement à Copenhague, Bruxelles, Amsterdam…Pour ces artistes ce qui est important ce n’est pas ce qu’on croit VOIR mais ce qui EST et la primeur est donnée à la SENSATION née de la force intérieure de l’œuvre et du spectateur .

 

Aux États-Unis, avec Pollock l’Art est dans le FAIRE.

Pollock Imitation-

Le peintre est totalement en symbiose avec la matière et sa gestuelle corporelle. Pollock peint à même le sol, marche sur la toile, jette la peinture au pinceau sur des toiles de très grand format …

Au Japon, Guttaï libère toute sa gestuelle pour réaliser ses peintures.

Gutai

Dans l’abstraction Klein propose le VIDE à travers le bleu , couleur de la vérité pour cet artiste, car symbole de l’existant non saisissable comme la mer et le ciel.

 

klein

Avec ces artistes, la peinture se déconstruit. Il n’y a rien à voir comme formes. Au bout d’un certain temps l’Abstraction s’essoufflera et il y aura retour à la figuration pour certains peintres mais en dehors de l’esprit « art classique ».

La création des années 50 à 70 aux États-Unis

 

Durant les années 50 à 60 les artistes mettent le processus de création sur le devant de la scène ainsi que l’expérimentation (en particulier dans l’expressionisme abstrait). Ils répondent ainsi à la question : comment créer ?

Leurs expériences créatives en peinture(Pollock), musique (J.Cage)  ou danse (M.Cunningham) supposent une grande participation du spectateur ou de l’interprète. Le concept d’happening apparaît ainsi que les « objets » dans l’œuvre (cf. le piano « préparé » de J.Cage). Dans la catégorie des objets il y a aussi les sons de notre environnement (bruits de cuisine, klaxons, grincements, gargouillis…). Nous sommes dans la musique concrète.

La collaboration Cage-Cunningham propose un spectacle où musique et danse sont totalement dissociés et le hasard présent. Pour ces artistes l’harmonie est à exclure de l’Art pour un meilleur rapport au monde. Dans le domaine du visuel, l’image « récupérée » par l’artiste, succède à la peinture (Andy Warhol).

Ces deux décennies voient les États-Unis inonder l’Europe de leur production en même temps que s’y propage leur mode de vie. Modernité et consommation vont de pair. Jaspers Jones s’illustre avec le drapeau américain qu’il démultiplie dans ses œuvres et qui flotte sur tous les continents, envahissant même l’espace ( drapeau sur la lune !).Jasper Johns flag-1954

Les sérigraphies d’Andy Warhol envahissent le monde tout comme la culture américaine et les produits américains (Coca-Cola). Andy Warohl use et abuse de la multiplication des images dans son œuvre et crée les pop-stars (Marilyn Monroë, Che Guevara, Mao…). Nous sommes dans le Pop Art fait d’images connues tirées de magazines ou de BD et non hiérarchisées.

andy warhol Marylins

Pour mieux envahir le champ visuel les formats des œuvres deviennent immenses (Lichtenstein). Avec ses pin-ups Mel Ramos participe à la construction de l’imagerie du Pop-Art. David Hockney fait partie de cette génération naissante de plasticiens qui actuellement utilisent pour faire œuvre les nouvelles technologies.

Les artistes américains mettent fin à l’ère de l’œuvre unique. Leur temps est celui de la multiplication en accord avec la société de consommation génératrice d’une surenchère de déchets que les artistes vont récupérer pour leurs œuvres.

 

La figuration narrative de la décade 60-70

 

Elle apparaît en réaction au Pop-Art et à la guerre du Vietnam et compte avec la participation des artistes français de mai 68. La figuration narrative s’achèvera dans les années 70 cédant la place à l’Art Contemporain.

La figuration narrative utilise l’image dans la peinture car les artistes travaillent tous à partir de la photo (en particulier celle des reportages de guerre)  ou de la B.D. Le pouvoir de l’image est saisi et intégré par les peintres ou plasticiens comme Gilles Aillot, Antonio Arroyo, …

eduardo-arroyo

Dans un premier temps les œuvres sont collectives puis les artistes travailleront individuellement.

Leurs œuvres sont très codées et les « images » proches des polars. Elles sont référencées par rapport à l’histoire de l’art du XX° siècle (Duchamp, Pop Art…) et les mythes des sociétés modernes (construits par les élites bourgeoises cf. « mythologies » de Roland Barthe), donnés comme universels. La figuration narrative dénonce cette imposture en même temps qu’elle se positionne contre l’École de Paris qui, réfugiée dans l’abstraction, ne s’engage pas politiquement.

Ces peintres utiliseront aussi des images d’animaux pour réfléchir sur l’homme (Rantillac, Valerio Adam..)  

Rancillac

Le années 70 en Europe

 

Pendant que l’Europe se reconstruit, les artistes, notamment du groupe Support-Surface (Claude Viala),  déconstruisent l’objet œuvre d’Art.

Support-Surface vise la désacralisation de l’œuvre  et avance un questionnement sur ce que sont la peinture et ses supports. Le questionnement est posé de façon ludique, déstabilisante, avec un minimum de matériaux, tous de récupération. Daniel Dezeuze s’illustre par sa réflexion sur les chassis.

Daniel Dezeuze Chassis avec feuille de plastique tendue 196

 Louis Cane par son approche de l’espace-peinture (du mur au sol, papiers collés, modules assemblés…). Noël Dola se singularise par le choix d’une grande variété de supports laissant apparaître l’œuvre de manière aléatoire.

 A terme le concept  de peinture est lui même questionné. Apparaîtront alors dans l’Art Contemporain, l’art minimaliste, conceptuel (Groupe Zéro),l’Arte Povera et les installations(Yves Klein, Lucio Fontana).

 

 

Lucio Fontana-1949-www.ipnagogicosentire.wordpress.com

L’Art Contemporain réinvente l’Art  à partir des propositions artistiques de l’après-guerre et finira au bout de quelques décennies, par déboucher sur des évènements et des performances qui n’ont de pertinence que dans leur temps.

 

Actuellement la tendance est au virtuel grâce à l’usage des nouvelles technologies.

 

Le temps du Virtuel

« Les œuvres ont changé avec le monde et aussi vite que lui » (André Rouillé). Les nouvelles technologies permettent de nouveaux modes de construction de l’image et les artistes appréhendent le monde en adéquation avec leur temps.

 

Jusqu’à la moitié du XX° siècle le « rétinien » domine dans nos sociétés : la perception du monde se fait par le regard. La réalité est vérité et le visible est vrai. Le Divin est perdu d’autant plus facilement qu’il ne se voit pas ! La culture occidentale produit des images qui disent la vérité du monde qui se voit et donc qu’on croit.

Aujourd’hui les nouvelles technologies permettent de changer de vérité :

-      - jeux vidéos

-      - travail sur l’image réalisé par les artistes contemporains et qui donne l’illusion de la réalité à partir de montages photos. L’image dit une vérité mais pas le réel comme dans « Eleven blows-up » de Sophie Ristelhueber sur le thème de la guerre.

S. Ristelhueber Irak

 

-       Les sites d’Alain Jossau, Paul Sermon, Jim Cambell  nous invitent a entrer dans le monde du virtuel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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jean 26/02/2015 15:19

Merci...
Y a toujours une porte qui s'entrebaille dans votre "Blogumental" environnement,il suffit d'y glisser un léger regard pour être immédiatement emporté dans son tourbillon d'intérêts et d'en finir la
course vers... La signature de l'Auteur.
Monsetta... Encore MERCI. Le 26/02/15 CUCHI Vietnam.

Marie 25/02/2015 22:02

Quel beau travail !
Merci pour ce cadeau!!!