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Le Domaine de Cassan et ses métamorphoses

Ce mois de Mai une sortie culturelle m’a fait découvrir un lieu doté d’une histoire romanesque: CASSAN présenté au visiteur sous la triple appellation de Prieuré, Abbaye Royale, Château…En arrivant ma curiosité ne demandait qu’à en savoir plus…

 

Après avoir franchi le porche d’entrée moyenâgeux il m’apparait qu’il s’agit d’un château avec sa vaste cour d’honneur. J’ai devant moi une grande bâtisse en grès régional sur deux niveaux qui propose au regard une façade élégante dotée d’un frontispice néoclassique et flanquée de deux ailes parfaitement symétriques. Un grand bassin agrémente le corps principal suivant la tradition des demeures seigneuriales du XVII° siècle. La guide nous précise que  la cour est en lieu et place de l’ancien cloître moyenâgeux entièrement rasé lorsque le Prieuré devint Abbaye Royale .

Le Château de Cassan

 

Les origines du lieu dateraient du tout début du XI° siècle. Une dizaine d’années avant de devenir l’Évêque de Béziers, Saint Guiraud implante le Prieuré pour sa communauté appartenant à l’Ordre de Saint Augustin fondé par le Pape Innocent IV et consacre l’église conventuelle en 1115.

Un clocheton roman en grès serti de pierres basaltiques surplombe un des côtés du bâtiment. Sa hauteur lui permettait d’être comme un phare pour les pèlerins qui allaient vers St Jacques de Compostelle au XII° siècle.

En effet Cassan se situait sur l’une des voies secondaires empruntées par les « Jacquaires ». Ils trouvaient gite et couvert dans son hôpital-hôtellerie en même temps qu’assistance spirituelle. A la fin du XIII° siècle ces prieurés s’étaient répandus dans toute l’Europe. Ils étaient réputés pour leur respect aux règles de Saint Augustin et faisait œuvre de charité, prodiguaient soins aux malades et indigents, se montraient soucieux du bien commun…

L’Ordre très lié à la papauté était le gardien d’innombrables reliques et Cassan pouvait offrir les siennes à la dévotion des fidèles. Le prieuré possédait des terres réparties sur plusieurs dizaines de villages et bénéficiait de privilèges considérables. Il devint également la nécropole des puissants Trencavel, vicomtes de Béziers, Carcassonne et Albi. Comme beaucoup d'établissements religieux médiévaux, au Moyen Âge, Cassan pouvait compter jusqu'à quatre-vingts chanoines.

En trois siècles la Peste Noire, la Guerre de Cent ans, la Croisade des Albigeois, les Guerres de Religion, la diminution des vocations, en finirent avec sa grandeur et le placèrent au XVII° sous protection royale. Sous le Prieur commendataire François Pas de Beaulieu, les anciens bâtiments conventuels furent presque entièrement rasés et remplacés par le palais classique que l’on visite aujourd’hui. Son élégante architecture lui vaut parfois le surnom de « petit Versailles du Languedoc »

 

Clocheton en arrière plan - Cuisine du XVII°
Clocheton en arrière plan - Cuisine du XVII°
Clocheton en arrière plan - Cuisine du XVII°

Clocheton en arrière plan - Cuisine du XVII°

La première pièce proposée à la visite est une cuisine du XVII° sise à l’emplacement de l’ancienne herboristerie du Prieuré. Grande cheminée, four à pain, chaudrons, plan de travail à feu continu pour préparations culinaires ou médicinales, tout semble prêt à servir.

A quelques pas de là au bout d’un couloir se trouve un élégant escalier à la ferronnerie remarquable. Je me plais à évoquer dans mon imaginaire les derniers chanoines des lieux rejoignant leurs appartements privés à l’étage. Pouvaient -ils penser que leur abbaye serait vendue comme bien national par la France Révolutionnaire ?

Au XX° siècle l’État en a fait un établissement d’enseignement technique pour filles, puis un centre de formation et enfin une structure relevant des Dom-Tom avant de revenir au secteur privé ouvert à la visite depuis une vingtaine d’années…Actuellement cet ensemble patrimonial est en vente…

La visite se poursuit par la galerie d’apparat impressionnante avec ses 80 m de long et qui longe la cour d’honneur. Sans doute est-elle là où se trouvait le cloître primitif. J’imagine aisément l’importance de l’Abbaye à son heure de gloire. Marcher sur les grandes dalles fissurées et sous les voûtes décrépies n’ôte en rien la majesté ni l’harmonie du lieu.

 

Escalier et galerie d'honneur
Escalier et galerie d'honneur

Escalier et galerie d'honneur

Jouxtant la galerie, la première salle qui accueille le visiteur me surprend par le soin pris à sa reconstitution et le bon état de ses murs lambrissés en bois de châtaigner.

Il s’agit de la salle à manger d’hiver qui semble-t-il s’est substitué lors de la rénovation du Prieuré, à l’ancien « chauffoir » où les moines copistes transcrivaient sur parchemins les textes sacrés ou liturgiques…La table est dressée semblant attendre ses convives.

Juste en suivant se trouve le bureau bibliothèque qui conserve le lustre d’une époque révolue, fauteuils Louis XV, tapisseries en damassé rouge, cheminée en marbre des Pyrénées. L’éblouissement vient en découvrant le salon de musique attenant. Une symphonie dorée du sol au plafond ! De grands panneaux muraux peints dans un camaïeu aux notes vanillées évoquent la campagne environnante. Près de la cheminée un élégant clavecin se tient en majesté non loin de quelques fauteuils Louis XVI disposés pour l’écoute. Ce n’est plus le Prieuré ni l’Abbaye mais le Château qui offre sa plus belle pièce au regard !

 

 

 

 

Bureau bibliothèque et salon de musique
Bureau bibliothèque et salon de musique
Bureau bibliothèque et salon de musique

Bureau bibliothèque et salon de musique

Nous sommes chez Mme de Brimont, la maîtresse du Prince de Conti, Comte de Pézenas, qui en 1791, a acheté en sous main le château lors de la période révolutionnaire à laquelle il participe en tant que commandant de la Garde Nationale ! Madame de Brimont venait du milieu mondain parisien. C’est une femme d'esprit, cultivée, agréable et habituée aux cercles littéraires. Elle va trouver dans Pézenas toute proche de quoi alimenter la vie mondaine et artistique de sa demeure.

La ville garde encore l’aura de l’époque où, lieu de réunion des États du Languedoc, elle bénéficiait du prestige des gouverneurs du Languedoc, les princes de Conti parmi lesquels le protecteur de Molière ! Aujourd'hui à Pézenas, Molière n'est pas seulement un souvenir historique : il est devenu une véritable présence dans la ville mis en scène et représenté régulièrement par la troupe de « L’Illustre Théâtre » . 

Comme à Versailles une enfilade de pièces et salons s’offre au regard avec comme point de départ une salle réservée à quelques costumes d’époque qui vient s’achever par la chambre alcôve de la maîtresse des lieux dont le fantôme visite encore la demeure en faisant crisser les essences des planchers : châtaigner, palissandre, noyer et acajou…

 

Enfilade et alcove
Enfilade et alcove

Enfilade et alcove

La visite se poursuit par quelques pas dans ce qui fut un très grand jardin à la française. Il se déroule comme un tapis au pied de la façade arrière du château qui lui sert de rideau de scène : impressionnant !

Attenant à l’une des ailes du bâtiment se trouve le seul vestige du XII°siècle : l’église abbatiale, bâtisse austère caractérisée par l’arc roman de son entrée, arc plein cintre, surmonté d’un grand oculus. L’intérieur nous surprend par la taille de sa nef centrale dont la hauteur et la largeur se répondent majestueusement. Son dépouillement rehausse la pureté de l’architecture et les chapiteaux des pilastres décorés avec parcimonie répondent à l’ascétisme de la règle de Saint Augustin…

 

Façade romane et nef centrale
Façade romane et nef centrale

Façade romane et nef centrale

Une dernière surprise nous attend juste avant la sortie au bout de la galerie d’apparat : une fresque murale du XII° siècle découverte en perçant un mur lors des travaux de dégagement des issues murées de l’église.

Il s’agit d’une Vierge à l’Enfant en majesté encadrée de deux anges.

Elle est d’inspiration byzantine, assise sur son trône, les plis de sa tunique descendant vers le sol dans un drapé savant. Son cou comme celui des anges porte lui aussi des plis bien marqués symboles orientaux de richesse et bonne santé mais le plus séduisant est le bleu du vêtement de la Vierge dont on a cru qu’il était de lapis-lazuli, or les dernières analyses ont révélé de l’aérinite, un pigment en usage en Catalogne et Aragon , faisant apparaître une nouvelle filiation de la fresque !

Majesté Mariale du XII°

 

Ainsi donc en quelques courtes heures ont ressurgi à Cassan 1000 ans d’histoire et d’architecture allant de la grandeur au déclin de ce lieu. Le domaine de Cassan à la croisée de la spiritualité augustinienne et des mondanités  issues du Siècle des Lumières illustre  notre  « Carpe diem » et mérite bien d’être visité.

 

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C’est parfait ( comme d’habitude 😁)
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