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Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran

En retraçant cet été l'histoire du premier groupe folklorique de Vielha je m'étais promis de rencontrer l'une ou l'autre de ses co-fondatrices. Les circonstances ont voulu que ce soit Maria Dolors Beso Atés qui me reçoive chez elle pour répondre à mes questions.

Bien que septembre ait été agréable mon rendez-vous s'est déroulé par une journée grise propice aux évocations du passé.

Maria Dolors Beso Atès m'a accueillie dans un petit salon à l'étage de sa maison qui domine les "ramblas" de Vielha, Passeig de la Llibertat. C'est là qu'elle rencontrait régulièrement  son ami et accordéoniste Cisco Sambeal qui a accompagné la troupe  durant des années. La biographie qu'elle en a faite "Cisco eth Music de Vilac" retrace leur étroite collaboration.

Couverture du livret

Couverture du livret

Maria Dolors est aujourd'hui une petite dame  plutôt menue, aux cheveux blancs, à peine courbée par les ans mais au regard vif et malicieux. Elle me raconte être née dans ce coeur de Vielha, le 8 février 1936, à la Casa Nart aujourd'hui disparue et remplacée par le magasin"Pirineus" au rez-de chaussée de l' appartement familial.Son père originaire d'Esteri tenait le Bar Taverne de la Rambla et sa mère née à Vilac élévait les enfants du couple. Maria Dolors n'a pas failli  à la tradition puisque mariée avec 6 enfants  elle est restée au foyer sans pour autant négliger vie sociale et culturelle.

Son internat à Les, au Collège de la Sagrada Familia  lui donnera quelques amies qu'elle retrouvera bien plus tard, en 1972 lors d'une réunion d'anciennes élèves. Parmi elles se trouvaient 2 anciennes amies "les  Pilars" fondatrices de la troupe folklorique de Les dont les recherches en musique et chorégraphies faisaient revivre les danses traditionnelles de Les,Canejan et Bausen.

Vilac, village grand maternel

Vilac, village grand maternel

Contrairement à Les, le folklore n'avait pas sa place à  Vielha lors des fêtes de la ville et Maria Dolors le regrettait : "Veieu a mi m'agradaven molt aquests balls .Sempre m'han agradat" (vous savez, moi j'aimais beaucoup ces danses. Je les ai toujours beaucoup aimées).

Aussi quand ses anciennes condisciples l'encouragèrent  à monter une troupe elle décida de s'y employer. Mais par où commencer? par qui se faire aider?quels villages contacter pour retrouver airs et pas? Accompagnée par son père elle entreprit la tournée des villages hauts-perchés du Val. Salardù, Gessa et d'autres lieux ne donnèrent aucun résultat si ce n'est de retrouver les paroles d'une vieille "aubade" ânonnée par une grand-mère fort âgée. La déception était bien grande!

Mais le hasard me dit-elle fait bien les choses. Un jour sur le pont qui enjambe le Néré elle se trouva nez-à-nez avec Cisco Sambeal, le maire-accordéoniste de Vilac où, petite,elle avait passé de longues journées chez ses grands-parents. Évidemment outre son répertoire moderne Cisco connaissait les airs anciens d'autant plus que l'institutrice du village, Angelina Cases  Andreu était une passionnée des traditions villageoises au point de créer des années plus tard  la "Fondation Privée Musée Ethnologique Val d'Aran".

 

Salardù, une danse d'apparat porte son nom

Salardù, une danse d'apparat porte son nom

Présentées l'une à l'autre les deux jeunes femmes sympathisèrent et peaufinèrent le projet : emprunts consentis à la troupe de Les, recherches de costumes et de chorégraphies en bibliothèque, en particuliers dans l'ouvrage "Costumari Català", accompagnement et arrangement musical par Cisco. Au bout de quelques semaines l'envie d'avoir une troupe propre à Vielha avait fait son chemin dans le voisinage de Maria Dolors : "Sap aquí som com una gran familia. Ens ajudem i compartim " (Vous savez ici c'est une grande famille. Nous nous aidons et partageons). Elle me regarde souriante et précise qu'Il y avait désormais 14 personnes qui donnaient de leur temps pour répéter danses et chants sans compter quelques amies faisaient des prodiges en couture pour créer la première garde-robe calquée sur celle de Les . Le 8 septembre 1973 la Còlha de Santa Maria de Mijaran donnait sa première représentation en l'honneur de la Vierge Marie avec une douzaine de danses sorties de l'oubli.

Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran

Depuis la troupe de plus en plus nombreuse avec plus de 100 membres n'a jamais arrêté de danser et chanter enrichissant répertoire et costumes.Maria Dolors égrenne les représentations les plus significatives pour la notoriété de la troupe marquant une certaine impatience quand la mémoire lui fait défaut : "Mira, ara no m'en recordo.Ja ho diré més tard" (Bon, je ne m'en souviens pas. Je  le dirai plus tard)

Sans que je lui demande un grand sourire aux lèvres et les yeux plissés de satisfaction elle m'annonce que sa plus grande fierté  est d'avoir vu quatre de ses  6 enfants  intégrer la Còlha, danseurs ou musiciens, puis, adultes prendre la relève. 

- Parmi vos souvenirs quel sont ceux qui vous touchent le plus?

Sans hésiter elle me répond que parmi les moments les plus émouvants il y a eu le spectacle donné sur la Grand Place de Vielha en 1973, pour les vieilles personnes qui  transmirent la mémoire des temps passés et de leurs fêtes. Il y a aussi l'audience accordée par le Père Abbé de Montserrat en 1977 à l'occasion de laquelle, outre la bénédiction souhaitée, leur fut remise une médaille de la Vierge Noire. En échange le Père Abbé reçut une compilation des "Bals è cansus populars aranesi" (Danses et chansons populaires aranaises) qu'elle avait réalisée."Ho vaig fer jo,comque me les sabia totes" (C'est moi qui l'ai faite parce que je les connaissais toutes). Elle me regarde comme pour dire  : c'est l'évidence même. Quoi de plus naturel?

 

  

Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran

Aujourd'hui Vielha compte deux troupes, Les a gardé la sienne, Bossost et Salardù ont les leurs. Maria Dolors m'en fait le décompte simplement, comme si elle n'était pour rien dans cette résurgence...C'est avec la même simplicité, qu'elle me montre  les fascicules monographiques qu'elle a rédigé et édité, les biographies de deux de ses amis, l'un musicien, l'autre poète, et les contes qu'elle a en préparation sur son ordinateur. Puis, elle prend un air grave pour me dire: "Però aquest any no em sento prou fina per escriure. Potser a la tardor..."(Mais cette année je ne me sens pas assez en forme pour écrire. Peut-être cet automne...)

Avant même que j'ai eu le temps de la remercier pour son accueil Maria Dolors m'a offert et dédicacé la biographie de Cisco, l'accordéoniste de Vilac, son ami aujourd'hui disparu. Geste généreux et amical d'une attachante vieille dame dont la personnalité et le récit m'ont enchantée. 

 

 

Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
Témoignage pour la Cohla de Santa Maria de Mijaran
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ruben godoy 11/12/2018 14:14

Gracies Montserrat per saber transmetre per escrit, tant bé, aquest gran patrimoni del poble Aranes.

Maisonnier Nga et Jean 02/11/2018 15:01

10000 Mercis !

Laure 31/10/2018 16:07

très joli article sur la mémoire du passé qui fait parti de ce que l'on appelle le patrimoine immatériel.

Monsetta 31/10/2018 16:58

Oui, c'est une chance de côtoyer ce genre de personne dont la vie s'est largement enrichie grâce à ce type de patrimoine qu'elle a su ressusciter et partager sans compter!