L’été 2026 est bel et bien rangé dans l’armoire aux souvenirs et pourtant perdurent encore comme incrustées dans ma mémoire des images qui m’ont enchantée car belles, rares ou poignantes…
A Agde, au Musée de l’Éphèbe, le bronze presque grandeur nature d’un tout jeune homme retient tous les regards. En majesté au milieu d’une salle ombreuse, brillant comme une gemme enserrée dans une vitrine il s’agit peut-être d’Alexandre le Grand, roi de Macédoine et de Perse, pharaon d’Égypte
La statue date du II siècle av. J.C. et a été découverte en septembre 1964 dans le lit du fleuve Hérault qui longe la ville. Après un séjour de vingt ans au Louvre près de la Victoire de Samothrace l’Éphèbe revient dans sa ville dotée désormais d’un musée digne de le recevoir.
Je me rappelle avoir tourné maintes fois autour de la statue fascinée par sa « nudité héroïque » attribut des héros de l’Antiquité grecque. Le drapé du manteau militaire macédonien posé sur son épaule gauche humanise une insolente beauté propre aux dieux de l’Olympe. Son visage aux traits fins auréolé de mèches en étoile que l’on retrouve sur les portraits d’Alexandre, exprime la sérénité de ceux qui assument leur destin…
Tout près du guerrier un enfant lui aussi en bronze est protégé par une vitrine. La statue datée du 1° siècle av. ou apr. J.C. a été trouvée au large du Cap d’Agde dans les années 2000.
Je n’oublie pas combien sa grâce m’a charmée. Ce jeune garçon d’environ 6 ans, potelé et enjoué est vêtu d’une tunique romaine. Son visage rond, aux grands yeux, sourit en regardant ce que tenait sa main gauche pointée par l’index de sa main droite, sans doute un oiseau… ses cheveux courts et bouclés sont ornés d’un ruban, un foudre, qui le place sous la protection de divinités égyptiennes. Ce détail ajouté aux boucles d’oreilles, bracelet et sandales soignées ont contribué à l’identifier comme Césarion, l’enfant de Jules César et Cléopâtre, d’où son surnom d’Enfant Royal. Son insouciance rend encore plus dramatique son assassinat sur ordre du futur empereur romain Auguste
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A Auch j’ai découvert le Musée des Amériques tout-à-fait improbable dans une capitale gersoise éloignée de toute route maritime ! En fait il s’agit d’un des plus anciens musées de France fondé en 1793 pour exposer des objets issus de « biens nationaux » hérités de la Révolution Française…Au XIX° siècle Guillaume Pujos auscitain fortuné, voyageur et esthète, ramène de ses deux voyages en Amérique du Sud (1896 et 1906) une importante collection d’objets qui seront le socle de la plus grande collection d’art précolombien de France après celle du Musée du Quai Branly …
Pour apprécier les objets exposés il faut avoir en tête que dans la tradition andine le monde est formé de trois mondes reliés qui interagissent pour garantir l’harmonie et la reproduction du vivant. Au niveau supérieur se trouve le monde des Dieux symbolisé par les oiseaux. Au niveau inférieur le monde des morts et des ancêtres personnalisés par le serpent. Au centre le monde des êtres vivants figurés par le jaguar ou le puma. Les hommes doivent favoriser les échanges entre ces niveaux par des pratiques rituelles et des représentations sur des objets cultuels ou non (poteries, textiles, peintures…).
Bestiaire et poteries andines
Je m’arrête un moment devant une des premières vitrines qui présente plusieurs Pachamama, des ballots funéraires ornés d’un masque où se trouvent les restes du défunt. Leur séjour dans la terre est l’étape nécessaire pour que le mort devienne un ancêtre et ainsi rejoigne le lieu de toute origine où la vie se régénère, le corps lui-même étant porteur d’une énergie vitale : le Camac. Il s’agit bien d’une conception cyclique de la vie et il appartient à l’homme par ses rituels de le respecter.
Deux Pachamama (ballots funéraires)
Sur un des panneaux explicatifs que l’on peut lire tout au long de la visite, je découvre ensuite le pendant andin d’Hercule ou d’Ulysse ! Il s’agit du héros Ai Apaec dont le périple héroïque pour sauver Indi le dieu Soleil, est aussi éprouvant et dangereux que dans l’imaginaire antique.
Ai Apaec après avoir voyagé sur le dos d’un vautour se trouve confronté à un crabe géant gardien du passage entre le monde terrestre et le monde marin. Il affronte ensuite plusieurs chimères dont l’homme- oursin, l’homme poisson-globe... l’escargot géant détenteur des capacités de renaissance indispensables au cycle de la vie .
Cette plongée dans un univers fantastique que j’ignorais totalement me laisse perplexe jusqu’à ce que j’arrive devant des tableaux religieux plus familiers mais exécutés en plumes d’oiseaux ! Cette note exotique perdure encore dans mes souvenirs d’été.
C’est dans l’exposition consacrée au Peintre toulousain André-Pierre Lupiac (1873-1956) présentée au musée du Vieux Toulouse, que la décharge émotionnelle a été la plus forte. Rien ne prédestinait ce peintre académique, bien implanté à Toulouse, à donner un témoignage de la grande guerre de 14-18, car il était réformé. Néanmoins à 43 ans, il a fait partie des appelés de 1915.
Lupiac appartient à la catégorie des artistes combattants, présents sur le front de la Marne. Il remplit ses petits carnets personnels de croquis pris sur le vif.
En 1919, deux ans après sa démobilisation, il réalise dans son atelier toulousain une série de fusains qu’il n’exposera que très peu. Ces dessins d’une intensité dramatique exceptionnelle, sont l’expression de l’essence même de la guerre. Loin de l’apologie guerrière en vogue à l’époque, leur franchise bouleverse.
Le bleuet (jeune recrue) - Le cafard (du mobilisé)
La mort est omniprésente tout comme le poids permanent de la peur et de la terreur. Le piège s’est refermé sur la soldatesque et l’œuvre traitée en noir et blanc dimensionne un décor funèbre.
Je ne peux m’empêcher de penser aux « Désastres de la guerre » de Goya gravés un siècle plus tôt lors de l’invasion napoléonienne en Espagne. Les deux artistes nomment chacune de leur pièce explicitant ce que l’œil voit sans qu’aucune extrapolation soit possible. La réalité nue s’impose et avec elle, tout le ressenti de l’artiste et aussi du spectateur.
Du réalisme Lupiac glisse vers un expressionnisme bouleversant…Je reste un long moment face à ces images accablantes qui dénoncent l’horreur des guerres modernes.
Poste d'écoute - Un poste de secours - Mort du patrouilleur
Je ne peux m’empêcher de revenir sur celle intitulée « Dans les barbelés ». Un soldat blessé, cherche de toutes ces forces à se dégager des barbelés qui l’emprisonnent. Il est comme un insecte dans une toile d’araignée : sa lutte sera vaine. Il mourra ! L’œuvre prend alors une portée universelle, celle de la lutte pour la vie, le seul bien qui devrait être inaliénable.
Ce sont mes photos personnelles qui m'ont permis de réactiver mémoire et émotions ...
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